Pourquoi ce projet? 

Les réponse est simple : parce qu'il existe peu ou pas de services orthophoniques s’adressant aux adultes qui bégaient dans le réseau de la santé et des services sociaux au Québec présentement, de même que dans le secteur privé.

(et dans le secteur privé, ça coute cher!)

En considérant un taux de prévalence du bégaiement de 0,72% chez les adultes (Craig et al., 2002), cette population représenterait un nombre considérable de personnes, soit un peu plus de 60 000 d'adultes au Québec. Malheureusement, plusieurs régions au Québec n'offrent pas de services en orthophonie. Dans les régions ou les services sont offerts, les listes d'attente sont souvent très longues. 

Dans la région de Montréal, au cours des dernières années, nous avons été témoins de coupures de services pour les adultes qui bégaient, notamment dans les établissements publics suivants : Hôpital Hôtel Dieu de Montréal (CHUM), Hôpital Royal Victoria (CUSM) et Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal (CIUSSS du Nord-de-l’Ile-de-Montréal). À notre connaissance, seuls les centres de réadaptation Raymond-Dewar-Laurier (anciennement IRD) et Lethbridge-Layton-Mackay (anciennement MAB-Mackay) offrent toujours des services orthophoniques pour les adultes qui bégaient, mais uniquement pour les adultes âgés de 25 ans et moins. Il n’y aurait donc aucun service public en orthophonie pour les adultes âgés de 26 ans et plus sur l'Île-de-Montréal.

Concernant le secteur en cabinet privé au Québec, l’offre de services en orthophonie est généralement limitée. Selon le rapport annuel de l’OOAQ de 2019-2020, 19,11% des 2931 orthophonistes pratiquant au Québec travaillent dans le secteur privé, ce qui correspond à 560 orthophonistes. Sachant que, de ce nombre, 70 orthophonistes offrent leurs services  aux adultes qui bégaient de 26 à 64 ans, en français, dans toutes les régions du Québec confondues (selon le moteur de recherche du site de l’OOAQ, en date du 9 août 2021), ceci correspond  à un pourcentage total de 12,5%. Et encore là, les listes d'attente sont souvent longues.


Certaines cliniques universitaires (Université de MontréalUniversité du Québec à Trois-Rivières) offrent des services à moindre coût, mais leur offre ne suffit pas pour desservir toute la clientèle d’adultes qui bégaient. L’attente est souvent de plusieurs mois et leurs services n’offrent pas le suivi en continu et à long terme parfois nécessaire pour cette clientèle. En effet, souvent, les stage s’échelonnent sur quelques semaines seulement, puis il y a un bris de suivi entre la fin d’un stage et le début d’un autre, à cela s’ajoute que l’adulte qui bégaie  doit composer avec un changement de stagiaire d’un stage à un autre. Les horaires peuvent également être restreints (exemple : seulement 1 ou 2 jours dans la semaine, entre 8h et 16h).

Judith Labonté, l'orthophoniste instigatrice du projet, avait cette idée dans la tête depuis plusieurs années : offrir des thérapies spécialisées et variées pour les adultes qui bégaient, à moindre coût, et accessibles. Lauréate de la bourse Accès-SPV de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, elle s'est entourée d'une équipe solide pour réaliser ce projet-pilote.

 
Nouveaux employés

Pourquoi l'intervention en groupe?

La modalité de groupe est efficace pour le traitement en bégaiement, pour entre autres favoriser la généralisation, la motivation, maximiser la pratique avec d’autres et l’appartenance à un groupe. C’est une modalité fortement encouragée par les cliniciens d’expérience et par la littérature scientifique.

En lien avec notre expérience clinique, nous observons également que les participants de groupe tirent des bénéfices à écouter les autres parler de leurs réalités: ils peuvent s’y reconnaître, se sentir supporté et être inspiré par le cheminement des autres.

 

Pourquoi combiner le travail social et l'orthophonie? 

Il est relevé dans de nombreuses références scientifiques depuis plusieurs années qu’une intervention optimale en orthophonie inclurait le travail sur le bégaiement « observable » et sur les aspects cognitifs, affectifs et comportementaux chez l’adulte qui bégaie. Les interventions visent à améliorer la qualité de vie de la personne.


Nous avons voulu bâtir notre projet en utilisant la complémentarité interdisciplinaire entre l’orthophoniste et une intervenante dans le domaine psychosocial, dans ce cas-ci la travailleuse sociale. Ce travail interdisciplinaire permet d’enrichir nos interventions, selon les compétences et connaissances spécifiques des deux professions.

La travailleuse sociale possède une expertise clinique et utilise des interventions psychoéducatives qui ont comme objectif d’améliorer les interactions de l’individu dans son environnement (famille, travail, etc.).

 

Pourquoi les rencontres à distance? Et comment ça marche?

Les rencontres se dérouleront en groupe, avec caméra ouverte sur la plateforme Zoom. Cette plateforme est gratuite et facile à utiliser. Vous avez besoin d'un ordinateur (avec caméra intégrée) ou d'une tablette. Nous déconseillons la participation aux rencontres avec un cellulaire (ce serait vraiment désagréable, vous n'y verrez rien!).


La télépratique avec la clientèle qui bégaie est grandement encouragée et permettrait d’obtenir des résultats comparables à la modalité en présentiel selon certaines études et opinions d'experts. De plus, la télépratique accroît l'accessibilité aux services d'orthophonie, particulièrement en région. Tout le monde, peu importe son emplacement, a un accès égal à l'intervention. 


À notre connaissance, nous serons les premières au Québec à offrir des services spécialisés pour les adultes qui bégaient en modalité de groupe, à distance. 

 
Tas de main du groupe heureux

Pourquoi un partenariat avec l'Association bégaiement communication (ABC)?

Le projet proposé se réalise en partenariat avec l’Association bégaiement communication (ABC) qui existe depuis 1985. L’ABC est une association reconnue dans le domaine des troubles de la fluidité autant au Québec qu’à l’international et réputée  pour sa bonne gérance. De fait, l’ABC organise le 2ème congrès international sur le bégaiement et le bredouillement, conjointement avec l’International Fluency Association (IFA), l’International Stuttering Association (ISA) et l’International Cluttering Association (ICA) du 27 au 30 mai 2022 à Montréal.

L’ABC est très présente sur les réseaux sociaux et elle rejoint des centaines d’adultes qui bégaient à travers le Québec. De plus, depuis plusieurs années, elle s’indigne du manque d’accessibilité des services orthophoniques offerts aux adultes qui bégaient. En effet, chaque année, elle reçoit plusieurs demandes d’aide pour trouver et accéder à des services orthophoniques ainsi que des témoignages d’adultes qui doivent se débattre avec le manque d’accès à des traitements en orthophonie ou qui ne peuvent pas payer le fort prix pour des services en privé.

D’ailleurs, parmi les mandats de cet organisme à but non lucratif figure celui de « retenir les services de professionnels et offrir de la thérapie » aux adultes qui bégaient. Ce partenariat ouvre donc la voie au développement d’une offre de services professionnels pour les adultes.